Ne t’arrête pas de courir, Mathieu Palain

Ne t’arrête pas de courir, Mathieu Palain

Résumé de l’éditeur / 4eme de couverture – Editions l’Iconoclaste

De chaque côté du parloir de la prison, deux hommes se font face pendant deux ans, tous les mercredis. L’un, Mathieu Palain, est devenu journaliste et écrivain, alors qu’il rêvait d’une carrière de footballeur. L’autre, Toumany Coulibaly, cinquième d’une famille malienne de dix-huit enfants, est à la fois un athlète hors norme et un cambrioleur en série. Quelques heures après avoir décroché un titre de champion de France du 400 mètres, il a passé une cagoule pour s’attaquer à une boutique de téléphonie.
Au fil des mois, les deux jeunes trentenaires deviennent amis. Ils ont grandi dans la même banlieue sud de Paris. Ils auraient pu devenir camarades de classe ou complices de jeux. Mathieu tente d’éclaircir « l’énigme Coulibaly », sa double vie et son talent fracassé, en rencontrant des proches. Il rêve qu’il s’en sorte, qu’au bout de sa course, il se retrouve un destin.
Tout sonne vrai, juste et authentique dans ce livre. Mathieu Palain a posé ses tripes sur la table pour nous raconter ce face-à-face bouleversant. Quand la vraie vie devient de la grande littérature.

Mon avis

Mathieu Palain brosse le portrait de Toumamy, athlète surdoué et voleur récidiviste, à travers leurs rencontres sur plusieurs années au parloir. Avec l’auteur et journaliste, on retrace l’histoire de cet homme qui éveille notre curiosité : pourquoi ces vols médiocres et répétés, alors qu’il se destine à une brillante carrière d’athlète ? Son enfance, ses débuts en athlétisme, ses premiers vols, les pièces du puzzle s’assemblent. Mathieu Palain parvient à raconter toute la complexité des conflits intérieurs du personnage principal, en restant en retrait au début, puis en mêlant sa propre histoire à celle de Toumamy, notamment en introduisant une dimension personnelle quand il interroge les raisons qui l’ont poussé à écrire.

Les personnages sont touchants, et brillent d’authenticité. Les courses de Toumamy, la spirale dans laquelle il semble être empêtrée, tout est raconté dans un style simple et percutant. Les passages sur les courses sont haletantes et jubilatoires.
Sans complaisance et faux semblant, Ne t’arrête pas de courir est porté par un rythme fou, et une honnêteté qui m’a profondément touchée.

Extraits

« Ce titre en rouge. Ces majuscules. Il y avait quelque chose qui me dérangeait et pendant quelques jours je n’ai pas su l’identifier. Puis j’ai aligné les mots sur une feuille: CULPABILISATION, MENTEUR, MANIPULATEUR, NARCISSIQUE, IMMATURE, LÂCHE. C’était du jargon d’expert psychiatre. Il a connu tellement d’instructions, tellement de procès, de juges, de psys, il a lu tellement de rapports qu’il a fini par s’emparer des termes que les experts ont collé sur son cas. Il y croit sans doute quand il affirme «je suis un manipulateur narcissique», mais qu’est-ce que ça veut dire?
Dans ma lettre, j’affirmais pompeusement: «Je ne suis pas psychologue, mais je pense que je comprends.» C’était un mensonge. J’avais beau avoir le même âge, avoir grandi au même endroit, savoir qu’il existe des forces invisibles qui vous ramènent sans cesse aux problèmes du quartier, il y avait plein de choses que je ne saisissais pas chez lui. Je n’étais plus sûr de rien. »

« Un jour, il se présente si vite devant les portes automatiques que le capteur n’a pas le temps de le repérer. Il saute, agite les bras, il sent le souffle des vigiles sur sa nuque quand les portes coulissent enfin, mais il revient le lendemain, car son plaisir tient dans cette adrénaline, quand il se sait hors la loi, dans l’œil de la caméra. Il se met à détester le dimanche puisque les magasins sont fermés. »

« Il prend place dans les starts et, quand la détonation retentit, il fait ce qu’il ne fait jamais, il part lentement. Il attend le dernier virage pour se mettre à courir vraiment. Il accélère. Il est devant. Il lève les bras en passant la ligne, et comme s’il le retenait depuis très longtemps, il laisse échapper un cri. Un cri de
joie, de fierté, le cri d’un homme qui mérite un peu de respect. Une carrière d’athlète est émaillée de moments rares comme celui-ci, où l’on se dit au fond de soi, ce jour-là, j’aurais pu battre n’importe qui. »

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