Rien ne t’appartient, Natacha Appanah

Rien ne t’appartient, Natacha Appanah

Résumé de l’éditeur / 4eme de couverture

« Elle ne se contente plus d’habiter mes rêves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que, bientôt, je n’aurai plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C’est elle qui envoie le garçon, c’est elle qui me fait oublier les mots, les événements, c’est elle qui me fait danser nue. »
Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.
À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité.

Mon avis

Depuis la mort de son mari, Tara dépérit. Dans son appartement noyé dans le désordre, lui apparait un petit garçon, qu’elle croit connaître, et qui la regarde. On comprend qu’une partie de son passé refait surface, que des événements qu’elle a longtemps tu et ignoré la hantent de nouveau. Rien ne t’appartient est divisé en deux parties, pour les deux existences de Tara/Vijaya qui cohabitent.

L’histoire de Tara se déroule dans un pays qui ne sera jamais nommé. C’est l’histoire d’une petite fille à l’enfance heureuse, interrompue brutalement par une guerre. Arrachée à sa famille, elle va vivre une existence douloureuse, marquée par la peur et la fuite. Existence d’autant plus difficile qu’elle est une fille. Ses relations avec un garçon qui lui rend régulièrement visite font d’elle une « fille gâchée », et ce statut honni lui enlève le peu de chose qui lui restaient.

Natacha Appanah écrit avec lyrisme et douceur un roman puissant et sensoriel sur le deuil, le désir et la folie. Sans doute un peu court pour me marquer durablement, Rien ne t’appartient me laisse cependant le souvenir d’un récit beau et lumineux.

Extraits

« Assourdissant ce cœur qui bat. Assourdissant le sang qui se précipite au cerveau. J’ouvre et je referme la bouche sans savoir quels sont les mots à dire, les cris à sortir, les prières à inventer. Je n’entends rien, je ne vois rien mais dans la nuit du coffre, je perçois la réverbération des choses que font les quatre hommes. Pour chaque coup, chaque exaction, chaque abus, mon corps recroquevillé, loin bien loin
de celui de mes parents, absorbe les ondes de ce qui se passe dans cette grande maison où j’ai eu une vie délicieuse, douce, virevoltante et singulière. »

« Personne ne m’a jamais dit : écoute bien la radio quand elle parle de ces gens qui sont sortis de leur lit en pleine nuit par des soldats et qu’elle annonce que la mort est brutale, que la mort est violente. Personne ne m’a dit : demande à ton père ce que signifie la mort par pneu enflammé, demande à ta mère ce que c’est qu’une fille gâchée, demande à la cuisinière que tu appelles affectueusement Aya, demande-lui où est sa famille, demande-lui comment elle a fait pour choisir entre ses trois enfants quand l’armée lui en a demandé un pour prouver son allégeance, demande à Roy comment son œil est mort, insiste pour savoir pourquoi il est parti. Personne ne m’a dit : écoute bien la radio, un jour ce sera toi à genoux. Personne ne m’a dit : profite de ce ciel, de cette terre, de cette eau pendant qu’il est encore temps. Vautre-toi dedans, plonge, avale, étouffe-toi avec un peu, bientôt ce sera fini, bientôt tu sauras ce que c’est, une fille de ce pays. »

« Les lianes qui se faufilent entre les panneaux de tôle, les plantes qui apparaissent au coin de la porte, s’étant dépliées en trois feuilles le temps d’une nuit, le cri des oiseaux au crépuscule, les insectes rampants qui laissent des lignes tremblantes au sol, l’humidité qui donne à la peau une apparence de reptile, l’odeur électrique dans l’air avant l’orage. Ça me rappelle la sensation que j’éprouvais parfois chez moi d’être au bord d’un monde sauvage qui n’arrête pas d’avancer vers nous, qui se presse contre nos maisons et qui pourrait, le temps d’une nuit, nous recouvrir. »

« Je voudrais lui parler du coffre et du bûcher. Je voudrais lui dire que nous sommes, nous, des enfants d’une guerre sournoise qui a pris la suite de celle dont elle aime me parler avec des oh avec des ah. que celle-ci ne lève pas un pays entier mais vient frapper dans les villages, près des rizières, au bord des forêts, au hasard sur la route, un coup ici, un coup là. Je suppose que ce genre de guerre larvée, silencieuse, avec des hommes qui se disent soldats dès qu’ils portent une arme, avec une armée qui vit tapie dans la forêt telles des bêtes, je suppose que ce genre de guerre ne passe pas à la télé dans le Wisconsin mais ça non plus je ne lui dis pas. »

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