La fille qu’on appelle, Tanguy Viel

La fille qu’on appelle, Tanguy Viel

Résumé de l’éditeur / 4eme de couverture – Les éditions de Minuit

Quand il n’est pas sur un ring à boxer, Max Le Corre est chauffeur pour le maire de la ville. Il est surtout le père de Laura qui, du haut de ses vingt ans, a décidé de revenir vivre avec lui. Alors Max se dit que ce serait une bonne idée si le maire pouvait l’aider à trouver un logement.

Mon avis

Laura revient vivre dans la ville où elle a grandi, avec son père, un ancien boxeur maintenant chauffeur du maire de la ville. Elle cherche un logement et un travail, son père lui conseille donc de demander de l’aide au maire. Dès les premières rencontres entre Laura et Quentin Le Bars, on sent le piège se refermer sur elle. Avec l’aide du patron du casino du coin, Franck Bellec, Le Bars étend son emprise sur Laura. En échange d’un petit appartement et la promesse d’un travail dont elle ne verra jamais la couleur, des agressions sexuelles glaçantes, sans violence physique apparente. Elle ne dit rien, ne proteste pas. Lui prend ce qu’il veut, l’utilise, dispose de son corps.

C’est un roman noir, l’action se déroule dans une petite ville dominée par ces deux hommes bouffis par le pouvoir, sans scrupule et répugnants : le maire et le patron du casino. Des personnages un peu caricaturaux mais percutants.
Le titre, La fille qu’on appelle, traduction littérale du terme call girl, est tristement ironique.
Social et actuel, La fille qu’on appelle examine la complexité de la notion de consentement. Tanguy Viel pose un regard affûté sur l’abus de pouvoir, l’ordre social, le patriarcat. Il raconte avec adresse la violence qui impose le silence.

Les phrases sont longues, l’écriture dense et étouffante. L’histoire implacable de Laura, piégée dans un système qui l’écrase, se lit sans respirer. Tanguy Viel nous offre ici un roman entêtant et brillant.

Extraits

«Et sûrement ils eurent le sentiment que dans cette phrase se logeait une partie de son histoire, avec elle toute la rugosité de l’enfance, en même temps qu’elle laissait déjà entendre quel fossé la séparait de l’autre, le type à l’immense bureau, que rien, ni l’accueil froid de la secrétaire ni la taille démesurée de la pièce, ne venait rapprocher de son monde à elle.
Non, rien du tout, a-t-elle dit encore aux policiers, dans un monde normal on n’aurait jamais dû se rencontrer.
Un monde normal. mais qu’est-ce que vous appelez un monde normal? ils ont demandé.
Je ne sais pas… Un monde où chacun reste à sa place. »

« En tout cas ce sont des choses qu’il aurait pu lui dire, mot pour mot – et parce que peut-être aussi, rien ne le remplissait plus que cette sensation de condescendre à la vie normale, si la vie normale à ses yeux c’était la masse indifférenciée des gens, c’est-à-dire ceux qu’il appelait lui-même «les gens», que depuis son élection c’était son rôle de connaître «les gens», de les aimer, de se faire croire qu’il les aimait, à moins que, oui, c’était possible aussi, il ne s’aimât lui-même en train de les aimer. »

« Non elle ne l’a pas dit, cela, et n’y a peut-être même pas pensé sur l’instant, tellement elle l’avait enfoui en arrière d’elle, de cette force étrange que la jeunesse invente pour se faire croire que tout, avec le temps, s’efface et disparaît. »

« et c’est à croire qu’il existe une vie autonome des foules, une vie qu’on partage au pluriel quand on abandonne son corps pour celui de nous tous indistincts, nous tous mus par une âme collective, tectonique et brouillonne, quand chacun comprend qu’il ne dépend plus de lui d’entrer ou de sortir ni de seulement défendre le peu d’espace où respirer mais qu’est venue l’heure de glisser aveuglément dans la vague et de se laisser faire par elle. »

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