Dans la maison rêvée, Carmen Maria Machado

Dans la maison rêvée, Carmen Maria Machado

Résumé de l’éditeur / 4eme de couverture – Christian Bourgois éditeur

En surface, Dans la maison rêvée pourrait être considéré comme un témoignage : Carmen Maria Machado a vécu avec une femme une intense histoire d’amour qui s’est peu à peu muée en une relation faite d’emprise et de brutalité. Mais comment analyser et comprendre son expérience sans récits antérieurs auxquels se raccrocher ? Il n’existe en effet que peu d’archives queer, et presque pas de témoignages sur le tabou de la violence conjugale au sein de couples homosexuels.
Pour raconter ce qu’elle a vécu, Carmen Maria Machado a donc inventé une forme pyrotechnique qui n’appartient qu’à elle et qui étonnera plus d’un lecteur. En déroulant de courts chapitres dont chacun joue sur les codes d’un genre littéraire particulier (du roman fantastique à l’histoire horrifique en passant par… le livre dont vous êtes le héros), Dans la maison rêvée ne se contente pas de relater les faits d’une histoire singulière : il interroge aussi la force des clichés et des représentations, dissèque les mythologies qui fondent notre rapport aux autres, que celles-ci proviennent des contes de fées ou de la pop culture. Un récit nécessaire, furieusement innovant, et qui fait l’effet d’une détonation.

Mon avis

Dans la Maison rêvée n’entre dans aucune case, à la fois roman, autobiographie, essai, touchant à tous les genres et à tous les tons. C’est l’histoire d’une relation amoureuse et de violence conjugale entre deux femmes lesbiennes. Sujet doublement tabou, que l’on ne voit pas dans les livres, dans les films, un sujet dont on ne parle pas.

Ce sont de multiples fragments/chapitres, intitulés « dans la maison rêvée à la manière de […] », et à chaque chapitre, l’autrice parvient à nous captiver un peu plus, à nous surprendre. Elle joue avec les codes du récit, la chronologie, la forme en elle même. Certains fragments sont très intimes, d’autres carrément académiques, il y a même un passage sous forme de « livre dont vous êtes le héros » qui amène le lecteur à lire les pages dans le désordre, on revient parfois en arrière ou on tombe dans une boucle. Au fur et à mesure que l’histoire de cette relation abusive est racontée, Carmen Maria Machado partage ses réflexions, le résultat de ses recherches sur la violence et la mémoire.

Cette lecture fut bouleversante, intime, par son fond, expérimentale et intellectuellement exigeante par sa forme. J’ai été happée dès la première page, impressionnée par la puissance et le talent de ce récit qui continue d’occuper mon esprit.

Extraits

« Je pénètre dans l’archive qui établit que la maltraitance conjugale entre des partenaires partageant une identité de genre est une chose non seulement possible mais courante, et qu’elle peut ressembler à ce qui suit. Je parle dans le silence. Je jette la pierre de mon histoire dans une faille immense, et mesure l’abîme à son minuscule bruit. »

« À huit ans, j’étais mince comme un roseau et pétrie d’angoisses. Le plus souvent, j’étais trop tendue pour me laisser aller à rêver, mais m’asseoir dans l’herbe m’apaisait. Durant chaque cours, je pressais contre mon menton la tête tranchée du pissenlit, boule chaude et humide semblable à un bourgeon pas encore éclos. »

« La Maison rêvée n’a jamais été que la Maison rêvée. Elle était, à tour de rôle, un couvent riche de promesses (jardin d’herbes aromatiques, vin, écrire l’une en face de l’autre à la même table), un antre de débauche (baiser avec les fenêtres ouvertes, se réveiller bouche contre bouche, le murmure bas, insistant du fantasme), une maison hantée (rien de tout ça n’existe), une prison (faut que je me tire, faut que je me tire), et, finalement, un donjon de la mémoire. En rêve, elle se trouve derrière une porte verte, pour une raison que tu ne peux t’expliquer. La porte n’a jamais été verte. »

« Tu passeras les années suivantes de ta carrière à inventer des explications compliquées pour justifier la structure des nouvelles que tu écrivais alors les lisant à voix haute à de jeunes lecteurs en cours ou dans des librairies; une fois, à un entretien d’embauche pour un poste de professeur assistant. Tu déclares : « Raconter une histoire d’une seule façon, c’est prendre le risque de passer à côté de l’essence même des histoires.» Tu ne te résous pas à dire ce que tu penses, au fond: J’ai désagrégé la forme de la nouvelle parce que je me désagrégeais moi-même et que je ne savais pas quoi faire d’autre. »

« La Maison rêvée à la manière d’une fin

La règle qui veut que toute chose ait une fin constitue, j’en suis certaine, le mensonge même de l’autobiographie. Vous devez choisir où vous arrêter. Vous devez libérer le lecteur. »

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