L’Amant de la Chine du Nord, Marguerite Duras

L’Amant de la Chine du Nord, Marguerite Duras

Résumé de l’éditeur / 4ème de couverture – Folio

«J’ai appris qu’il était mort depuis des années. C’était en mai 90 (…). Je n’avais jamais pensé à sa mort. On m’a dit aussi qu’il était enterré à Sadec, que la maison bleue était toujours là, habitée par sa famille et des enfants. Qu’il avait été aimé à Sadec pour sa bonté, sa simplicité et qu’aussi il était devenu très religieux à la fin de sa vie.
J’ai abandonné le travail que j’étais en train de faire. J’ai écrit l’histoire de l’amant de la Chine du Nord et de l’enfant : elle n’était pas encore là dans L’Amant, le temps manquait autour d’eux. J’ai écrit ce livre dans le bonheur fou de l’écrire. Je suis restée un an dans ce roman, enfermée dans cette année-là de l’amour entre le Chinois et l’enfant.
Je ne suis pas allée au-delà du départ du paquebot de ligne, c’est-à-dire le départ de l’enfant.»
Marguerite Duras.

Mon avis

Dans sa langue, son style si particulier, Marguerite Duras raconte de nouveau l’histoire de L’Amant. On redécouvre cette rencontre étrange, dérangeante mais toujours fascinante, entre l’homme chinois et la jeune fille de quinze ans.

J’ai retrouvé avec plaisir l’ambiance envoûtante de cette Indochine brumeuse, ces personnages sans nom – « l’enfant », « la mère », « le frère aîné » – et leurs liens douloureux, jamais complètement expliqués. Chacun semble porter en lui une blessure, une folie, qui l’éloigne des autres. A l’exception de son frère Paulo (seul membre de la famille qui est nommé), la jeune fille semble très loin de cette famille dysfonctionnelle et tyrannique. Frère avec lequel elle lie une relation déconcertante, que je ne voudrais pas révéler ici.

Duras écrit comme si elle déversait un flot de pensée brut, on se laisse porter par ces phrases épurées qui semblent se défaire des règles de grammaire et d’écriture. L’histoire est morcelée comme un souvenir. La limite entre l’autrice, la narratrice et le personnage principal est poreuse.

J’ai été touchée par ce récit intime et épuré. L’Amant de la Chine du Nord est un roman superbe et puissant sur l’amour irraisonné et les drames familiaux qui nous construisent malgré nous.

Extraits

« Quelquefois quand ils étaient très petits, la mère les emmenait voir la nuit de la saison sèche. Elle leur disait de bien regarder ce ciel, bleu comme en plein jour, cet éclairement de la terre jusqu’à la limite de la vue. De bien écouter aussi les bruits de la nuit, les appels des gens, leurs rires, leurs chants, les plaintes
des chiens aussi, hantés par la mort, tous ces appels qui disaient à la fois l’enfer de la solitude et la beauté des chants qui disaient cette solitude, il fallait aussi les écouter. Que ce qu’on cachait aux enfants d’habitude il fallait au contraire le leur dire, le travail, les guerres, les séparations, l’injustice, la solitude, la mort. Oui, ce côté-là de la vie, à la fois infernal et irrémédiable, il fallait aussi le faire savoir aux enfants, il en était comme de regarder le ciel, la beauté des nuits du monde. »

« C’est elle qui veut savoir, qui veut tout, le plus, tout, vivre et mourir dans le même temps. Celle qui est au plus près du désespoir et de l’intelligence de la passion – à cause de ce jeune frère qui a grandi dans l’ombre du frère criminel et qui veut chaque jour mourir et que chaque jour, chaque nuit, elle, l’enfant, elle sauve du désespoir. »

« Elle le regarde et, pour la première fois, elle découvre que la solitude a toujours été là, entre elle et lui, qu’elle, cette solitude-là, chinoise, elle la gardait, elle était comme son pays autour de lui. De même qu’elle était le lieu de leurs corps, de leur amour. Déjà l’enfant pressentait que cette histoire était peut-être celle d’un amour. »

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