N’oublie rien en chemin, Anne-Sophie Moszkowicz

N’oublie rien en chemin, Anne-Sophie Moszkowicz

 

Résumé de l’éditeur 

À la mort de sa grand-mère qu’elle adorait, Sandra, quarante ans, se voit remettre des lettres et des carnets de son aïeule. Rivka y livre un témoignage poignant sur sa jeunesse dans le Paris de l’Occupation, les rafles, la terreur, le chaos. Mais il y a plus. Par-delà la mort, la vieille femme demande à sa petite-fille d’accomplir une mission.
Une mission qui obligera Sandra à retourner à Paris, ville maudite, sur les traces de son amour de jeunesse, Alexandre. Un homme étrange, hypnotique et manipulateur dont Sandra ne pensait plus jamais croiser la route… Pour elle, l’heure est venue d’affronter ses démons.

Mon avis

« N’oublie rien en chemin » nous raconte l’histoire de deux femmes, Sandra et Rivka, sa grand-mère. Lors de la mort de cette dernière, Sandra va devoir se replonger dans le passé et déterrer d’anciens souvenirs, ceux de sa grand-mère, à travers des bribes de son journal pendant la seconde guerre mondiale, mais aussi les siens, lorsqu’elle était étudiante à Paris.

On découvre avec Sandra le passé de Rivka, sa vie, son expérience pendant la guerre, l’occupation, la peur. Etant juive elle a été confrontée tout particulièrement à l’injustice, la violence et l’antisémitisme. Tout est raconté avec beaucoup d’honnêteté, Rivka ne cherche pas à attendrir, elle raconte avec pudeur cette période et la répercussion sur sa vie future. Ce personnage m’a impressionnée, par sa force et sa sagesse. Après la guerre elle ne cherche pas à se venger pour ce qu’on lui a fait, elle tente de reconstruire ce qu’elle a perdu sans laisser transparaître sa douleur.

« A cet instant, les images de Rivka défilent. Je revois son oeil moqueur, son sourire malicieux, son indéfectible optimisme, son goût pour le chocolat, son agilité au piano, jusqu’aux derniers jours, qui lui permit de gagner sa vie en jouant dans les restaurants et les salles de concert d’après-guerre avides de divertissement. Où avait-elle trouvé le courage de divertir ces autres qui, quelques mois plus tôt, avaient vécu dans l’indifférence totale de son sort, ceux qui avaient changé de trottoir à son passage, ceux qui avaient appliqué les lois avec zèle pourvu qu’on débarrassât leur pays de ces « pourriture déshonorantes » ? Comment avait-elle trouvé les ressources pour revenir parmi eux et reprendre sa place ? » 

Ces extraits du journal de Rivka restent cependant secondaires et le récit se concentre plus sur Sandra et son passé. Avant ma lecture, cette histoire d’homme mystérieux et manipulateur sur la quatrième de couverture n’était pas la l’élément qui m’intéressait le plus, pourtant j’ai été embarquée et cette partie du roman m’a totalement convaincue. Sandra va se souvenir de son passé à Paris et je me suis identifiée à ce personnage plus que je ne l’avais imaginé. Plein de petits détails, des lieux, des livres, des petits souvenirs m’ont rappelé des choses personnelles et l’atmosphère générale a eu pour moi une sensation de familiarité que je ne retrouve que rarement dans mes lectures.

« N’oublie rien en chemin » est un beau roman, sur la mémoire, la famille, les souvenirs, une écriture douce et élégante et une voix qui résonne avec beaucoup de justesse.

« Nous le savions tous deux, mon père et moi, mais rien ne sortait au bout du fil. Nous tenions notre chagrin en laisse. Une conversation de pantomimes timides ronronnait maladroitement. Il était plus sage de parler du bois des cercueils, des veilleuses, de la rubrique nécrologique et des coups de fils à passer. Au moindre pas de trop, nous savions que les sanglots feraient tout valser. Nous n’avions pas la force d’affronter un double torrent de larmes en stéréo. Nous ravalions nos instincts mélancoliques, sans réussir à effacer l’amertume qu’ils nous laissaient en bouche. La pudeur, chez nous, était la gardienne d’une bienséance désuète et protectrice. » 

« Il y a toujours une période de la vie où la sensation de se trouver entre deux voies, entre deux horizons crée un vertige dangereux et enivrant  qui agite les nuits, bouscule les certitudes et oriente la suite. Depuis la lettre de Rivka, retrouver ce point de non-retour était pour moi une obsession. Une urgence nouvelle à assouvir. »

« Au début, nos rencontres étaient seulement des actes de résistance, mais très vite nous n’avions plus pu nous passer l’un de l’autre. Nos échanges garantissaient notre survie intellectuelle et cette survie sentait bon la réassurance que nous étions quelqu’un, que nous ne nous fondions pas dans la masse. Nos éclats de rire nous renvoyaient en enfance et nous étions à nouveau tout-puissants, enfants rois dans le pays imaginaire ou l’on ne grandit pas. »

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